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| Patrick Wilson et Ellen Page |
« Does your mom know you cut off men’s balls? »
Avant de se faire happer par la
maudite industrie hollywoodienne, David Slade avait plus d’un tour dans son
sac, comme en témoigne son tout premier long-métrage en tant que réalisateur, Hard Candy, thriller captivant qui tient
une place de choix dans ma dvdthèque.
Hard
Candy, c’est l’histoire d’un photographe qui séduit une jeune fille sur
internet. Lui, c’est Jeff, et il pète la classe. Elle, c’est Hayley et elle est
mineure. S’engage alors un jeu de séduction et de manipulation dont personne ne
sortira indemne…
Originaire de Grande-Bretagne, Slade
avait déjà fait ses armes dans le monde du vidéo-clip. C’est à lui que l’on
doit notamment les clips de Muse sur leur période Origin of Symmetry (New Born,
Bliss, Hyper Music et Feeling Good),
Stereophonics ou encore System of a Down, et quelques années plus tard, un
épisode de Breaking Bad. A Hollywood,
personne ne voulait produire le scénario de Hard
Candy. C’est au final Lions Gate Entertainment qui mise sur celui-ci et
confie au Britannique la réalisation, et en raison du sujet polémique soulevé
par le scénario, le budget est maintenu en dessous du million de dollars (soit
500 fois moins qu’Avatar, à bon
entendeur…). Ainsi, la production s’est tenue à l’écart et à aucun moment n’a
interféré lors du tournage.
Côté
casting, on retrouve un Patrick Wilson passionnant et on découvre avec bonheur
une jeune actrice très prometteuse. Si Juno
a imposé Ellen Page sur la scène internationale, c’est véritablement Hard Candy, qui a su révéler, un an
auparavant, la jeune comédienne. Le magazine Ciné Live ne s’y était d’ailleurs
pas trompé : « Ni singe savant, ni Shirley Temple trashy, elle joue
sa Gavroche pour décapiter les stéréotypes et distiller l’effroi. Le terme de
‘révélation’ est en deçà de la réalité ». Et pour cause, du haut de ses 17
ans travestis en 14, la Canadienne crève l’écran, dans un ballet de
manipulation mentale très perturbant.
« Playtime’s over. Now it’s time to wake up. »
Cette
relecture du conte du Petit Chaperon
rouge est donc véritablement l’occasion pour David Slade de jouer cartes
sur table. Il traite ici d’un sujet sensible, il y est question de viol et de
pédophilie, pourtant, Slade s’affranchit de tout manichéisme et propose un film
dense, où l’image prend pleinement sens. Ici, les émotions des personnages
transitent à travers les couleurs. Du rouge écarlate, l’image bascule soudain
vers un bleu glacial. Et c’est à un Français, Jean-Clément Soret, que l’on doit
ce travail d’étalonnage sophistiqué. De même, la composition des plans a été
très travaillée. Slade n’hésite pas à faire des gros plans sur ses comédiens,
de manière à capter l’essence même de leurs émotions. Le cadrage, d’une
précision chirurgicale, enserre les comédiens comme dans un étau, la caméra
opère des travellings circulaires comme pour décrire l’arène dans laquelle la
mise à mort se prépare. Des mouvements lents, infiniment mesurés, une caméra
ambivalente, qui passe du simple statut d’observatrice à celui de bourreau
implacable. A l’évidence, le metteur en scène maîtrise et s’approprie la
grammaire cinématographique pour en révéler toute son ampleur et son essence
même. D’un point de vue purement étymologique, la cinématographie se veut
« l’écriture du mouvement ». Mais au-delà de cet aspect formel,
impossible de ne pas voir dans la mise en scène un certain clin d’œil aux
tragédies classiques : unité de lieu, de temps et d’action. Coincés dans
le loft de Jeff, les deux protagonistes se débattent, et vont constamment
inverser les rôles de la proie et du bourreau, semant le trouble chez le
spectateur à chaque instant.
D’ailleurs,
en parlant de trouble, j’allais oublier de préciser que David Slade, c’est le
réalisateur de Twilight 3…
-Ko.


