dimanche 2 mars 2014

Hard Candy



Patrick Wilson et Ellen Page


« Does your mom know you cut off men’s balls? »

            Avant de se faire happer par la maudite industrie hollywoodienne, David Slade avait plus d’un tour dans son sac, comme en témoigne son tout premier long-métrage en tant que réalisateur, Hard Candy, thriller captivant qui tient une place de choix dans ma dvdthèque.

            Hard Candy, c’est l’histoire d’un photographe qui séduit une jeune fille sur internet. Lui, c’est Jeff, et il pète la classe. Elle, c’est Hayley et elle est mineure. S’engage alors un jeu de séduction et de manipulation dont personne ne sortira indemne…

            Originaire de Grande-Bretagne, Slade avait déjà fait ses armes dans le monde du vidéo-clip. C’est à lui que l’on doit notamment les clips de Muse sur leur période Origin of Symmetry (New Born, Bliss, Hyper Music et Feeling Good), Stereophonics ou encore System of a Down, et quelques années plus tard, un épisode de Breaking Bad. A Hollywood, personne ne voulait produire le scénario de Hard Candy. C’est au final Lions Gate Entertainment qui mise sur celui-ci et confie au Britannique la réalisation, et en raison du sujet polémique soulevé par le scénario, le budget est maintenu en dessous du million de dollars (soit 500 fois moins qu’Avatar, à bon entendeur…). Ainsi, la production s’est tenue à l’écart et à aucun moment n’a interféré lors du tournage.


Côté casting, on retrouve un Patrick Wilson passionnant et on découvre avec bonheur une jeune actrice très prometteuse. Si Juno a imposé Ellen Page sur la scène internationale, c’est véritablement Hard Candy, qui a su révéler, un an auparavant, la jeune comédienne. Le magazine Ciné Live ne s’y était d’ailleurs pas trompé : « Ni singe savant, ni Shirley Temple trashy, elle joue sa Gavroche pour décapiter les stéréotypes et distiller l’effroi. Le terme de ‘révélation’ est en deçà de la réalité ». Et pour cause, du haut de ses 17 ans travestis en 14, la Canadienne crève l’écran, dans un ballet de manipulation mentale très perturbant.

« Playtime’s over. Now it’s time to wake up. »

Cette relecture du conte du Petit Chaperon rouge est donc véritablement l’occasion pour David Slade de jouer cartes sur table. Il traite ici d’un sujet sensible, il y est question de viol et de pédophilie, pourtant, Slade s’affranchit de tout manichéisme et propose un film dense, où l’image prend pleinement sens. Ici, les émotions des personnages transitent à travers les couleurs. Du rouge écarlate, l’image bascule soudain vers un bleu glacial. Et c’est à un Français, Jean-Clément Soret, que l’on doit ce travail d’étalonnage sophistiqué. De même, la composition des plans a été très travaillée. Slade n’hésite pas à faire des gros plans sur ses comédiens, de manière à capter l’essence même de leurs émotions. Le cadrage, d’une précision chirurgicale, enserre les comédiens comme dans un étau, la caméra opère des travellings circulaires comme pour décrire l’arène dans laquelle la mise à mort se prépare. Des mouvements lents, infiniment mesurés, une caméra ambivalente, qui passe du simple statut d’observatrice à celui de bourreau implacable. A l’évidence, le metteur en scène maîtrise et s’approprie la grammaire cinématographique pour en révéler toute son ampleur et son essence même. D’un point de vue purement étymologique, la cinématographie se veut « l’écriture du mouvement ». Mais au-delà de cet aspect formel, impossible de ne pas voir dans la mise en scène un certain clin d’œil aux tragédies classiques : unité de lieu, de temps et d’action. Coincés dans le loft de Jeff, les deux protagonistes se débattent, et vont constamment inverser les rôles de la proie et du bourreau, semant le trouble chez le spectateur à chaque instant.

D’ailleurs, en parlant de trouble, j’allais oublier de préciser que David Slade, c’est le réalisateur de Twilight 3…

-Ko.




samedi 1 mars 2014

Panda and Koala production presents…


« Pinpinpinpiiiiiin - pinpinpinpiiiiiin - toum toum - pinpinpinpinpiiiiinpin pin pin pinpinpiiiiiiiiin toum toum ! » Les lumières de la salle viennent de s’éteindre, aussitôt résonne un air familier. Ce n’est qu’un logo, nos plus beaux souvenirs d’enfance tout au mieux, aujourd’hui ils témoignent de notre excitation et de notre impatience à suivre le film qui s’apprête à être projeté. And then… Roll credits ! Pour inaugurer ce blog, nous avons choisi selon toute cohérence de parler des génériques. Même s’il paraît bien souvent insignifiant, le générique constitue en quelque sorte la carte d’identité d’une œuvre de cinéma et se doit surtout d’imposer le ton du film qu’il présente. Certains se révèlent même de véritables exercices de style. A l’inverse, quelques réalisateurs trouvent le moyen de s’affranchir de tout générique de manière à ne pas parasiter l’intrigue. C’est le cas par exemple de Christopher Nolan (Inception, trilogie Dark Knight) et de George Lucas (Star Wars). Toutefois, s’il est de plus en plus commun de voir des films exempts de tout générique, Lucas, en 1977, s’était attiré les foudres de la Directors Guild of America (syndicat professionnel qui défend les intérêts des artistes et techniciens du cinéma), laquelle impose à tout réalisateur de créditer son film dès son ouverture. Lucas avait alors fait le choix de se détacher de la DGA pour mener ses projets comme il l’entendait.

                Le générique a donc son identité propre. Celui de Watchmen de Zack Snyder par exemple ne se contente pas d’annoncer un simple casting : en faisant le lien entre deux époques, il fait partie intégrante de la diégèse. Sur une musique de Bob Dylan (The Times They Are a-Changin'), les années se succèdent et… aaaah bordel que c’est beau ! Et instantanément culte, à l’instar de celui de Millenium de David Fincher. Au cinéma, le générique lié à la reprise d’Immigrant Song de Led Zeppelin par Trent Reznor et Atticus Ross m’a fait l’effet d’une bombe. « Oh putain, ce film va être gigantesque ! » Las, le générique constitue le SEUL intérêt du film. 

                Parmi les plus spectaculaires ou originaux, on peut encore citer celui de Lord of War (Andrew Niccol), celui de Pi (Darren Arronofsky), ou bien Cours, Lola, cours (Tom Tykwer). Les génériques de fin ne sont pas en reste, je pense notamment à celui de Moonrise Kingdom, où le narrateur s’attache à décortiquer la musique d’Alexandre Desplat, puis conclue en remerciant le spectateur d’avoir bien voulu rester et respecté religieusement l’intégrité de l’œuvre. Une astuce ingénieuse et pleine de fantaisie, dans la droite lignée de l’esprit de Wes Anderson. Mais le générique qui les bat tous à plates coutures, c’est celui d’Enter the Void de Gaspar Noé. Littéralement hypnotisant. Et strictement déconseillé aux épileptiques.

                Bienvenue à vous, donc, sur notre blog consacré à nos coups de cœurs et coups de gueule.

-Ko.