Chaque
année je m'impose le défi d'aller voir un maximum de films au
cinéma. Ce défi qui me tient à cœur est régi par une règle
d'or : faire en sorte de voir plus de films que l'année
précédente. En 2013, j'ai vu 60 films au cinéma. Ne sont
comptabilisés, of course, que les longs-métrages inédits ;
exit donc les rétrospectives et séances spéciales. Et puisque nous
sommes arrivés à mi-chemin dans cette année 2014, il est l'heure
de dresser un premier bilan...
Du
1er janvier au 30 juin j'ai réussi à voir 29 films : il y a eu
évidemment de belles découvertes (La Vie rêvée de Walter
Mitty, Her, States
of Grace), des déceptions (The Spectacular Now,
Swim Little fish swim), les sempiternels remakes américains
(Oldboy, formellement bon mais vain, comme 99% des remakes
américains), des séances « what the fuck » (Under
the Skin), mais globalement aucun véritable gros coup de cœur
venu chambouler mes conceptions du cinéma. De beaux moments
cependant, à commencer par un Only Lovers left alive
inattendu et hypnotisant, mais la palme d'or du coup de cœur revient
indéniablement à une scène du film français Tonnerre, où
un Bernard Menez désabusé déclame du Musset à un chien transi
d'admiration et d'enthousiasme. Une séquence hors du commun, chargée
d'émotion, entre grotesque et poétique. Une pépite discrète
bienvenue dans un paysage boursouflé par des blockbusters qui
tournent en rond.
![]() |
| Solène Rigot et Vincent Macaigne dans Tonnerre |
Parallèlement
à cette industrie hollywoodienne, les bobos continuent de filmer et,
de facto, de nous communiquer leur ennui : Gia Coppola avec Palo
Alto d'un côté et Lola Bessis et Ruben Amar avec Swim Little
fish swim de l'autre récoltent tous les trois la décevante
récompense du « Bâillement d'or » - je précise avec
fierté que j'ai enchaîné les deux films sans m'endormir un seul
instant... Car voilà, être détenteur d'une carte UGC Illimité
s'accompagne d'un syndrome bien particulier : on va voir tout et
surtout n'importe quoi. Alors certes, personne ne me met le couteau
sous la gorge et je suis absolument libre dans le choix des films que
je vais voir, mais lorsque j'ai le malheur de lire des critiques ou
des commentaires dithyrambiques au sujet d'un film sur lequel je
n'aurais pas parié un seul kopek à la base, eh bien, ma foi, la
curiosité et l'envie de me laisser surprendre l'emportent. C'est
donc dans ces circonstances que je me suis précipité sur Palo
Alto et Swim. Las, face à des thématiques ultra
redondantes et des univers passablement hermétiques (genre
je-suis-une-bobo-arty-personne-ne-me-comprend-allez-tous-vous-faire-enculer),
j'ai du mal à me sentir concerné.
Mais
il y a pire... Kim Chapiron ! La Crème de la crème,
soi-disant ! Hahaha, l'incarnation de l'exception culturelle !!!
Je pense que pour notre santé intellectuelle, il faudrait interdire
à ce monsieur de faire du cinéma, le faire exiler, que sais-je
encore ? Réagir en tout cas ! Alors une bonne fois pour
toutes, NON, Sheitan n'est pas un film « génial ».
Au mieux c'est un film stupide, au pire un gâchis de financement et
un mépris total envers de VRAIS auteurs qui savent écrire et
filmer. Je suis allé voir cette Crème en me disant que dix
années s'étaient écoulées depuis Sheitan, j'ai tout
simplement caressé l'espoir naïf que Chapiron avait grandi.
*soupir* De nouveau je suis tombé
dans le panneau. Une Crème
indigeste portée par des comédiens qui ne comprennent pas ce qu'ils
disent. La faute à des dialogues eux-mêmes sortis des abysses de la
crétinerie. Alors oui, c'est beau (mais d'une manière générale,
le passage au numérique a rendu tous les films « beaux »)
et c'est sympa de faire jouer des potes dans son film (big up
Justice !), mais rien ne m'insupporte plus que de prendre les
gens pour des cons.
![]() |
| Tom Hiddleston dans Only Lovers left alive |
Ok,
j'arrête de râler. Je n'oublie pas l'émotion qui m'a gagné en
voyant States of Grace et Dallas Buyers Club, ni
l'atmosphère désincarnée de la ville de Tonnerre, ni la
tendresse de Minuscule, ni les chocs 12 Years a slave,
Tom à la ferme et The Rover. Toutefois, si la plupart
de ces films-là étaient dotés d'un potentiel énorme, le résultat
global, sans être pour autant décevant, pouvait parfois laisser une
sensation de frustration. L'exemple le plus probant est celui de The
Rover qui, après une première demie-heure époustouflante a eu
tendance à tomber dans ses propres pièges – à commencer par le
défaut de rythme. Néanmoins, le résultat est plus que
satisfaisant, avec un Robert Pattinson exceptionnel et un climat
post-apocalyptique qui n'a rien à envier à Mad Max.
J'attends
donc un second semestre un peu plus convaincant. Et ce n'est pas
gagné car après le décevant The Two Faces of January,
l'immonde Transcendance et le très moyen Zero Theorem de
Terry Gilliam, ce ne sont pas les Francis, ni la suite du déjà
mauvais American Nightmare qui viendront rehausser le niveau.
Espérons seulement que des projets plus ambitieux comme les très
attendus Boyhood et Winter Sleep sachent tirer leur
épingle du jeu...
Ici ma liste Sens Critique des films vus en 2014.
Ici ma liste Sens Critique des films vus en 2014.
![]() |
| John Gallagher Jr., Alex Calloway et Rami Malek dans States of Grace |





