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| James Van Der Beek (Sean Bateman) |
Paul
Denton aime Sean Bateman. Sean Bateman aime Lauren Hynd. Et au
milieu de ces trois-là, une débauche de sexe, de drogues et
d’alcool, que trahissent les illusions perdues de la jeunesse
américaine des années 80, régie par les lois de l’attraction.
Adapter au cinéma un roman de Bret Easton Ellis n’est pas chose
aisée. L’auteur, que l’on qualifie volontiers de « culte
et controversé », nous propose en effet depuis son premier
roman Moins que zéro en 1985 une littérature cynique, où se
télescopent des personnages vains et désabusés en proie à un
ennui profond, qu’aucune forme d’excès ne saurait satisfaire.
Son œuvre est d’autant plus intrigante qu’Ellis brasse des
sujets complexes et confère à ses romans une dose autobiographique
plus ou moins subtile, notamment grâce à des thématiques
auxquelles répondent des personnages clés qui se font écho d’un
roman à l’autre : l’ennui (Clay dans Moins que zéro,
Sean Bateman ici), le mercantilisme (Patrick Bateman dans American
Psycho, personnage inspiré par le propre père de l’auteur et
frère de Sean), les démons de l’écriture et de la paternité
(Ellis lui-même dans Lunar Park), entre autres.
Pour
transposer à l’écran un roman tel que Les Lois de
l’attraction, il fallait donc un auteur à la fois
véritablement concerné par le sujet et fidèle à une esthétique
percutante. Dès la publication du roman, Roger Avary, collègue d’un
certain Quentin T. dans un vidéo club de la banlieue de Los Angeles,
se prend de fascination pour ce portrait décadent de la jeunesse
américaine d’alors. Toutefois, si d’après Avary le roman est le
reflet parfait de sa génération et doit être adapté au cinéma,
le jeune homme choisit d’abord de se consacrer à l’écriture des
scénarii de Reservoir Dogs, de True Romance et de Pulp
Fiction (rien que ça…), puis il passe à la réalisation en
1994 avec Killing Zoe. Parallèlement à des projets pour la
télévision, il développe l’écriture des Lois de l’attraction
et c’est finalement en 2003 que le film sort au cinéma (le 12 mars
sur les écrans français).
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| James Van Der Beek et Shannyn Sossamon (Lauren Hynd) |
Les
Lois de l’attraction s’attarde donc sur une poignée
d’étudiants sur la période d’une année scolaire. Sans trahir
pour autant le roman d’Ellis, Avary se permet tout de même
quelques libertés. Il s’approprie l’œuvre de manière à rendre
la narration la plus intemporelle et universelle possible. La plupart
des éléments « 80’s » sont évincés. Lorsqu’il
évoque son film, le réalisateur affirme qu’ « il parle bien
sûr de la jeune génération, mais surtout, il lui parle à elle. »
Exit, donc, les American Pie et autres teen movies décérébrés. Il
émane du film un sentiment profondément nihiliste et tragique dans
la quête de liberté sociale et le refus de toute contrainte des
personnages. C’est d’ailleurs lors d’une introduction
particulièrement percutante - et techniquement brillante
d’inventivité - que l’on entend Sean dire : «Je me prends
pour un vampire. D’ailleurs ça ne m’est pas très difficile
parce que c’est ce que je suis, un vampire émotionnel. (…) Je
cherche la proie de ce soir. Ce sera qui ? » Cette
séquence d’introduction est d’une importance capitale :
elle présente successivement les trois personnages principaux au
moment de la fin de l’année scolaire. A cette introduction succède
le générique du film qui synthétise à rebours l’année qui
vient de s’achever, pour enfin reprendre le récit au début de
l'année scolaire. Le film va donc se construire selon une syntaxe
symétrique puisque la séquence de fin répondra bien sûr à celle
d'ouverture (en gros, il s'agit tout simplement d'une
anaplodiplose...). Par ce procédé, Avary met en exergue
l'inexorabilité et la cruauté du temps qui passe et donc du destin
des personnages. Sean, Lauren et Paul, par leurs choix et leurs
actions, s'embourbent à chaque fois un peu plus.
« J'ai couché avec
elle parce que je suis amoureux de toi. »
Mais
au-delà de l'aspect tragique du récit, Avary instille ça et là un
humour ravageur, porté par des comédiens au meilleur de leur forme
et une bande-son où se croisent notamment The Cure, Blondie, The
Rapture et Serge Gainsbourg. Entre monologues intérieurs qui
agissent comme des prises de conscience de la part des personnages et
dialogues cinglants, le film oscille entre pure provocation et
détresse réelle. Et pour incarner cette détresse et ce nihilisme,
Avary pousse le vice jusqu'à proposer un casting constitué
essentiellement de comédiens révélés par des séries ou des films
populaires : Thomas Ian Nicholas, vu dans la saga American
Pie, Shannyn Sossamon de 40 jours et 40 nuits, Jessica
Biel (Sept à la maison) et surtout, SURTOUT... James
« Dawson » Van Der Beek, aujourd'hui passé maître dans
l'art de l'autodérision (voir son tumblr jamesvandermemes). Tout ce
beau monde prend à revers des carrières estampillées «
teenager », pour un résultat d'autant plus détonnant.
A sa
sortie, beaucoup ont reproché aux Lois de l'attraction son
aspect trop superficiel. Mais pour donner corps à l'univers
percutant du roman d'Ellis, il fallait justement insérer le récit,
déjà complexe, dans une esthétique sophistiquée. Longs
travellings, split screen justifiés par l'alternance des narrateurs,
ralentis, accélérés, Avary impose des gimmicks dingues, à la
limite de l’épileptique, mais fort de ces audaces stylistiques, il
restitue fidèlement l'esprit de l’œuvre littéraire tout en
imposant sa propre vision des choses. Le réalisateur pénètre en
effet au cœur du roman, aussi bien du récit que du style alambiqué
de son auteur (phrases sans débuts, interminables, sans
ponctuation). Il ne se contente pas, comme beaucoup le font, de
restituer fadement l’œuvre originelle, il lui donne vie en prenant
soin de juxtaposer les préoccupations d'Ellis avec les siennes, en
s'octroyant le luxe de ponctuer son film de symboles propres à son
univers (par exemple le comédien Eric Stoltz, vu dans Killing
Zoe, ici dans le rôle du prof de fac débauché, ou encore des
références plus ou moins discrètes à son pote Tarantino), sans
jamais verser dans l'auto-citation ou la surenchère mégalo. Pour
parvenir à ce résultat, quinze années d'écriture ont été
nécessaires. Le film se révèle être au final un véritable tour
de force scénaristique et technique, où le grotesque le dispute au
tragique, sans aucune complaisance.
Fable
nihiliste, grande tragédie romantique, chronique adolescente pop,
Les Lois de l'attraction brasse tous ces codes pour un
résultat véritablement hors normes. Au Panthéon de mes films
fétiches, assurément.
-Ko
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| Ian Somerhalder (Paul Denton) |



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